Je crois que c'est ce jour là où je n'ai plus été moi, ou plutôt où je me suis retrouvée condamnée à le rester, ce jour là où tout a basculé ...
Quelle journée, quelle période de merde. Tout s'écroule, et moi avec. Tout brillait, tout était si lumineux, si étincelant, si éblouissant, et soudain, il faisait noir.
...
Il fait nuit. Les lampadaires éclairent mes larmes, et il ne fait pas froid, mais je tremble ... je crois. Je marche, laissant un peu de moi à chaque pas, je ne suis plus que fantôme. Je ne sais pas si les gens me voient, mais ce qui est sûr, c'est que moi, je ne me vois pas. Je ne sais plus pourquoi je vis, je ne sais même plus qui je suis.
J'avais croisé ton chemin quelques fois déjà ... Comme j'avais croisé le chemin de tant d'autres. Et comme les autres, ta came tu la promettais être la meilleure. Alors pourquoi toi, et pas un de ces autres ? Je crois que tes traits, tes yeux, ton sourire avaient tout simplement la même faim d'oubli que les miens, et voir au travers de l'âme de quelqu'un d'aussi mal que moi, était pile ce dont j'avais besoin.
Vie de merde, il me faut quelque chose, et vite.
Vite.
Je ne te vois pas arriver, la ruelle est sombre. Pas un mot. Je te regarde, sans réellement te voir, du bas de mon inconsistance. A mes yeux, tu n'es qu'un shoot, je ne vois pas le dealer, uniquement l'objet du deal. Je n'en ai plus seulement envie, j'en ai besoin. J'me fais pitié. Je suis pathétique, une sous-merde dans toute sa médiocrité, une misérable loque d'une banale insipidité. A cet instant, là, plantée devant toi, je ne suis rien.
Tu me regardes, et toi, tu me vois. Tu dois être défonc'. T'as l'air inquiet, ne suis-je pas trop faible pour une dose ? Tu attends un signe de moi qui montrerai ma détermination, car après tout, si j'en veux vraiment ... La came, timide, se cache dans ta main gauche. En silence, je la prends.
Elle est à moi. Je consomme tout, tout de suite.
...
La ruelle scintille, j'entends du bonheur, je suis presque certaine que ce sont les brins d'herbes derrière moi. Je sens l'été me chatouiller les narines, et les frissons du reflet de la lune dans la mer me parcourir le corps. Je plane au dessus de vous, lamentables lambeaux de chair désarticulés, sans être au paradis, car le monde est toujours aussi laid, mais au moins, là, il pétille. Tu es là. Des petits diamants à ailes volent en cercles autour de nous, nous mettent des fleurs dans les cheveux avec une joie contagieuse. Je suis opaque. Je suis bien. Je suis stone.
Le bonheur, l'été, le reflet s'estompent peu à peu, mes pieds touchent à nouveau le sol. Les lampadaires gardent une lueur que je ne leur connaissais pas. Suis-je revenue d'où ta came m'avait (nous avait) envoyée ? Je te vois, pour la première fois. Sans ouvrir la bouche, je te demande quelle est la nature exacte que cette dose, et sans ouvrir la bouche, tu me réponds : "us".
J'étais tombée.
Tombée dans cette drogue. Pas envie d'en sortir. Pas envie de m'en sortir.
Tu étais mon seul dealer, et j'étais ta seule camée. Chaque prise était différente, plus forte, plus intense, et plus je m'éloignais de ce que j'avais été. J'étais accro.
Je suis accro.
Je ne sais plus exactement où j'en étais avant, et je ne sais pas non plus tout à fait où j'en suis maintenant, mais je m'en fous, je plane, tout le temps, sans répits, sans repos pour mon esprit, pour mon corps, pour mon c½ur. Oui, je m'en fous, car au fond, je ne souhaite qu'une chose, mourir d'une overdose.